1950 - FO DANS L'ACTION POUR LA LOI SUR LES CONVENTIONS COLLECTIVES

Publié le par Syndicat Force Ouvriere Territorial 17

1950 - FO DANS L'ACTION POUR LA LOI SUR LES CONVENTIONS COLLECTIVES      

FO avait à peine deux ans. Elle lançait la grève du 25 novembre 1949 pour «la libération des salaires dans le cadre des conventions collectives nationales établies par branches industrielles avec minimum garanti». Quelques mois après, le 11 février 1950, était promulguée la loi sur les conventions collectives. De l'affirmation de l'indépendance syndicale à l'action par la grève, puis à la concrétisation par la loi sur la liberté du contrat collectif, c'est presque tout un siècle de l'histoire du syndicalisme ouvrier qui s'est déroulé comme dans un mouvement accéléré.

    

    

1950 - Le rendez-vous avec l'histoire

Le film des événements, de la grève lancée par FO en novembre 1949 pour les conventions collectives à la loi de février 1950 sur la liberté de négocier.

Créées après la Première Guerre mondiale, les conventions collectives sont restées très longtemps marginales. Face à un patronat naturellement enclin à considérer que tout accord porte atteinte à la liberté du travail, la loi du 25 mars 1919 se contente de fixer un cadre très général. Les conventions collectives sont, tout au plus, un «contrat fixant les obligations réciproques des parties». On ne pouvait être moins contraignant.

Résultat: elles ont rapidement dépéri et ne couvrent que 4% des salariés en 1934. Il faut attendre le Front populaire et les accords de Matignon, en juin 1936, pour que le cadre légal se précise. Le nouveau texte législatif définit une procédure d'extension permettant au ministère du Travail de passer éventuellement outre aux possibles résistances patronales et syndicales. Les conventions étendues s'appliquent alors à tous les salariés d'une même branche d'activité, au niveau national ou local.

Les accords collectifs se multiplient: 4 500 sont signés dans les douze mois qui suivent les grèves de 1936. Le contenu de ces conventions est très varié et reflète les rapports de force. Ainsi, les salaires dans la métallurgie parisienne augmentent de 22% tandis que ceux des houillères, de 13,5% seulement.

Après la Seconde Guerre mondiale, les communistes sont au gouvernement et placent leurs militants aux postes clés de la CGT. La subordination de la démarche du syndicat aux intérêts du PCF, et l'alignement de ce dernier sur ceux de Moscou, engendrent des tensions de plus en plus vives avec ceux qui, au sein de la Confédération, restent fidèles au principe de l'indépendance syndicale. Oppositions exacerbées alors que le PCF s'engage dans la "bataille de la production" au nom de la reconstruction nationale.

Une nouvelle loi sur les conventions collectives est votée le 23 décembre 1946. Elle marque un véritable coup de barre interventionniste. Le texte subordonne obligatoirement l'entrée en vigueur de la convention à l'agrément du ministre du Travail et impose les accords de branche au niveau national (les conventions régionales ou locales n'étant plus que des "avenants"). Enfin, les salaires sont soustraits à la compétence des partenaires sociaux. L'échec est total: les négociations collectives sont au point mort entre 1947 et 1950.

L'inflation entraîne cependant une baisse dramatique du pouvoir d'achat et les difficultés de ravitaillement s'aggravent. Au sein de la CGT, Benoît Frachon et son entourage tentent de contenir un mécontentement grandissant en affirmant, au prix d'une stupéfiante contorsion dialectique que «la grève est l'arme des trusts».

Léon Jouhaux veut, pour sa part, répondre à l'explosion sociale qui se dessine en prônant une relance des négociations paritaires, patronat-syndicats, afin d'améliorer les conditions de vie. Il réaffirme ainsi le principe qu'il avait énoncé avant guerre selon lequel, les conventions collectives soustraient «la classe ouvrière à la dépendance abusive de l'arbitraire patronal». En vain.

Résultat prévisible, la grève éclate chez Renault, fin avril 1947, soutenue par des membres de la CGT qui refusent la mainmise communiste. Devant son ampleur, les communistes seront finalement contraints de prendre tardivement le train en marche. Ils seront, peu après, le 4 mai 1947, évincés du gouvernement. Il changent, dès lors, totalement de discours et estiment légitimes les grèves qui s'étendent à l'EDF, la SNCF, aux banques, dans les mines... C'est le dérapage: les manifestations violentes et les occupations de bâtiments publics se multiplient. Ce mouvement collectif de colère cesse aussi soudainement qu'il avait commencé, début décembre, sans substantielle augmentation des salaires. Tirant les conclusions qui s'imposent, Léon Jouhaux et ses amis démissionnent de la CGT pour créer la CGT-FO et rester fidèles aux principes fondateurs d'indépendance face à l'État et aux partis politiques.

Pour Force Ouvrière, il faut impérativement relancer les négociations conventionnelles qui ont été vidées de leur sens par la loi de 1946. Son Secrétaire général, Robert Bothereau, n'a de cesse de dénoncer le dirigisme des salaires par l'État. Force Ouvrière fait du rétablissement des contrats collectifs librement négociés sa priorité. Le succès de la grève interprofessionnelle du 25 novembre 1949, lancée par FO pour le rétablissement de cette liberté de négociation, sera décisif. Les pouvoirs publics cèdent.

La loi de 1950 permet enfin de se dégager du carcan étatique. L'agrément ministériel est aboli et la possibilité de négocier des clauses relatives aux salaires, qui va de pair avec le rétablissement de la liberté des prix pour les entreprises, est restaurée. Dans tous les secteurs, les négociations patronat-syndicats aboutissent rapidement à des accords. Cette généralisation engendre une certaine homogénéisation des conditions de travail et, grâce à l'augmentation des plus bas salaires, conduit à un certain tassement des écarts salariaux (entre les secteurs d'activité, les fonctions, mais également entre hommes et femmes).

Entre 1950 et 1971, 20 353 conventions et avenants sont signés.

    

    

1950 - La france en 1950

Bref état des lieux économique et social, dans un pays dévasté qui va entamer sa reconstruction.

Le pays sort exsangue de la Deuxième Guerre mondiale. Deux cent mille logements sont détruits, plus d'un million gravement endommagés. Trois pour cent de la population a disparu. Le niveau alimentaire de 1945 n'est qu'à 70% de celui de 1939. Entre juillet 1945 et janvier 1946, les prix de l'alimentation de base ont doublé. En décembre 1945, le rationnement du pain est rétabli. En juin 1947 la ration journalière de pain tombe à 200 grammes par jour contre 350 fin 1944. Le lait, le vin, le sucre et le chocolat sont toujours rationnés. Il faut attendre février 1949 pour que la carte du pain disparaisse. Un mois plus tard, le lait et le beurre sont enfin en vente libre, puis l'essence en novembre. C'est seulement en 1949 que l'économie française retrouve son niveau de 1929.

Malgré une continuelle dévaluation du franc et une inflation importante, l'aide du plan Marshall permet à la France de redémarrer timidement en 1950-1951. En août 1950, la ligne de chemin de fer Paris-Lyon est électrifiée; quinze constructeurs français d'automobiles produisent 350 000 véhicules dans l'année et le lancement de la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier en avril 1951 jette les bases du futur marché commun.

Pourtant la vie reste dure pour les salariés. Le monde rural s'en sort mieux. Malgré deux mauvaises récoltes en 1946-1947, les prisonniers de guerre sont rentrés et les fermes tournent à plein régime. En revanche les travailleurs des villes vivent une période difficile. La banlieue de Paris est couverte d'une ceinture de bidonvilles qui ne disparaîtra qu'au milieu des années soixante.

    

    

1950 - Le paysage syndical

Robert Bothereau, responsable de la CGT durant la Résistance, un des fondateurs de FO et son premier Secrétaire général, a défini ainsi la confédération qui vient de naître en 1948: «Révolutionnaire dans ses buts, réformiste dans ses méthodes, notre organisation est en filiation directe avec l'histoire du syndicalisme telle qu'elle est écrite dans les faits». Il donne sa dimension à l'action menée le 25 novembre 1949 par la toute jeune confédération pour obtenir gain de cause sur les conventions collectives: le 5 janvier 1950, dans le premier numéro de l'année de Force Ouvrière, il écrit un éditorial intitulé "À l'aube de 1950".

«...1949 aura été pour nous une année de revendications pour la libération des salaires dans le cadre des conventions collectives. Si le résultat n'est pas inscrit aux éphémérides de 1949, il ne manquera pas de l'être aux premiers temps de l'année 1950, avec tout ce que cela suppose encore d'actions pour que de justes salaires prennent place dans les conventions. (...)

Action sur les prix, action sur les salaires, action pour les conventions collectives, tel aura été le triple aspect de la bataille menée cette année par la CGT-Force Ouvrière. Et cette bataille aura été conduite dans des conditions particulièrement difficiles, quasi seuls contre tous, pâles syndicalistes de FO acharnés à défendre également le droit à la vie des travailleurs et le droit à la liberté des individus et de l'organisation. Car tels paraissent être notre lot et notre vocation d'avoir le souci du mieux-être et de la liberté et de l'avoir à peu près seuls.

Le Cartel interconfédéral n'est plus ce qu'il était de par les pratiques fluctuantes de la CFTC et l'isolationnisme et le particularisme de la Confédération des Cadres. Pas plus actuellement qu'hier, les pouvoirs publics, de plus en plus perméables aux forces des congrégations économiques, ne conçoivent que, pour être, une démocratie doit être sociale. Quant à la CGT, qui fut dans le passé un haut sommet du monde du travail et son luisant espoir, elle vise au but, qui n'est pas le nôtre, de placer aux rênes du pouvoir un parti politique dont le génie moustachu ignore nos libertés occidentales.»

    

    

1950 - La perspective historique

Robert Bothereau décrit la place de la grève 25 novembre 1949 dans la tradition de l'action syndicale, dans un article de Force Ouvrière, le 5 janvier 1950.

«Depuis 1900, cinquante années d'effort au service des travailleurs, tel est le bilan d'un demi-siècle de syndicalisme que peut présenter, qu'a le droit de présenter la CGT-Force Ouvrière, héritière de la vieille CGT.

Révolutionnaire dans ses buts, réformiste dans ses méthodes, notre organisation est en filiation directe avec l'histoire du syndicalisme telle qu'elle est écrite dans les faits. Salaire, durée du travail, sécurité de l'emploi sous toutes ses formes sont les premiers thèmes de l'action revendicative et constructive. Ils n'ont pas changé.

Le syndicalisme ouvrier a toujours influencé le gouvernement, le législateur, le patron. Il a agi par la contrainte, par la persuasion, par sa capacité de réflexion et son apport d'imagination. Il a agi de l'une et l'autre manière selon que les circonstances l'y ont obligé ou le lui ont permis. Ainsi, par son indépendance, sa persévérance et son dynamisme, l'action syndicale a été le moteur du progrès social en France pendant ces cinquante ans passés.

Un bilan magnifique, quoi qu'on puisse dire, peut être dressé dont nous devons principalement extraire ceci:

* La loi sur le repos hebdomadaire (1906);
* La loi sur la libre disposition du salaire de la femme (1907);
* Les retraites ouvrières (1910-12);
* Le Code du travail (1910);
* Le ministère du Travail (1906);
* Les huit heures (1919); L'élargissement du droit syndical (1920);
* La réforme de l'enseignement technique (1925);
* Les assurances sociales (1928);
* Les allocations familiales (1932).
* Les 40 heures; les congés payés;
* Les conventions collectives;
* La procédure de conciliation et l'arbitrage;
* La prolongation de la scolarité (1936);
* Les délégués d'atelier (1938);
* La retraite des vieux.
* Les nationalisations (1936-45-46);
*Les comités d'entreprise (1945);
* Le Conseil économique (créé en 1928 et transformé en 1946).

Issues des revendications premières, du programme minimum de 1918 ou du plan de 1934, toutes ces réalisations sont les fruits récoltés par le syndicalisme confédéré et offerts à tous ceux que son action a laissés ignorants ou indifférents. Ils ont nourri eux aussi ceux qui ont suivi ou se sont simplement alignés.

Ils ont profité dans le passé, à la CGTU, dont le seul programme était la politique extérieure russe, ils profitent encore à ceux qui sont dans l'immeuble de la rue La Fayette, bâti par les promoteurs du syndicalisme indépendant et habité présentement par les leaders de la CGTU. Ceux qui ont contribué à ce puissant effort sont ou se retrouveront fatalement à la CGT-FO, porte-drapeau de la tradition ouvrière française et internationale.

Leurs héritiers marchent sur leurs traces. Tous ensemble, fiers de l'héritage et désireux de nous en montrer dignes, nous sommes la vieille CGT! »

    

    

1950 - Dans l'internationale syndicale

Moins d'un an après la victoire des Alliés, le monde se coupe en deux. Dès 1946, la guerre froide commande les relations internationales entre les États. Moscou dispose d'alliés dans tous les milieux.

C'est Winston Churchill qui invente le terme de "rideau de fer" en mars 1946. À cette époque Moscou vient se frotter aux Occidentaux, en Iran, mais surtout en Grèce. Pour stopper l'expansionnisme soviétique, les Américains proclament la doctrine Truman en mars 1947. Son volet économique se traduit par le plan Marshall en juin 1947. Il s'agit d'aider à la reconstruction de l'Europe.

Le Kremlin et les communistes locaux refusent cette aide si précieuse. D'ailleurs dès octobre 1947, Staline ressuscite l'Internationale Communiste sous le nom de Kominform puis détruit la démocratie tchèque par le coup de Prague en février 1948. Mais il va essuyer son premier échec lors du blocus de Berlin (juin 1948- mai 1949). Le pont aérien américain aura raison des Soviétiques.

La guerre froide est aussi économique. En janvier, Moscou fonde le Comecon, sorte de marché commun des démocraties populaires, empêchant tout rapprochement de l'Europe de l'Est avec le plan Marshall.

Sur le plan syndical, ceux qui refusent les diktats du Kremlin résistent à l'hégémonie de la FSM. En janvier 1949, les syndicalistes anglais, américains, hollandais et français avec FO quittent la Fédération Syndicale Mondiale (FSM). Ils participeront à la fondation de la Confédération Internationale des syndicats libres (CISL) en décembre 1949.

    

    

1950 - La loi sur les conventions collectives

La portée d'un texte qui, aujourd'hui encore, demeure la référence pour les négociations entre le patronat et les syndicats.

La loi du 11 février 1950 sur les conventions collectives est la suite logique de la création de la CGT-Force Ouvrière en avril 1948. Entre les deux dates, rien qu'un événement, mais qui change tout: la grève interprofessionnelle du 25 novembre 1949 lancée par FO pour «la libération des salaires dans le cadre des conventions collectives nationales industrielles avec minimum garanti.»

Résultat, cette loi officialise, au niveau législatif, l'indépendance syndicale face au pouvoir politique en prônant la fin de la tutelle étatique sur les salaires.

À la Libération, le Parti Communiste est au gouvernement. C'est l'époque des slogans comme «il faut gagner la bataille de la production», «la grève c'est l'arme des trusts»... Sous sa houlette, une nouvelle loi sur les conventions collectives est votée le 23 décembre 1946. L'indépendance syndicale y estfortement réduite. En effet,le texte subordonne obligatoirement l'entrée en vigueur de la convention collective à l'agrément du ministère du Travail et impose des accords de branche au niveau national, réduisant quasiment à néant les conventions régionales et locales. Et, surtout, les salaires sont soustraits à la compétence de la libre négociation patronat-syndicats. Les négociations collectives se retrouvent au point mort de 1947 à 1950.

Face au problème de ravitaillement et à cause de l'inflation, le pouvoir d'achat des travailleurs s'effondre. Cependant, les possibilités d'une bataille syndicale existent, comme le montre, par exemple, la grève de 1947 chez Renault, soutenue par des membres de la CGT qui refusent l'emprise du Parti Communiste.

À la toute jeune Confédération Force Ouvrière, il devient évident qu'il faut absolument relancer les négociations. Pour Léon Jouhaux et Robert Bothereau, le rétablissement des contrats collectifs librement négociés devient la priorité. Ils réaffirment avec force le principe énoncé avant la guerre selon lequel les conventions collectives «soustraient la classe ouvrière à la dépendance abusive de l'arbitraire patronal». Pour obtenir satisfaction, FO lance la grève interprofessionnelle du 25 novembre 1949. Face au succès de cette journée, le pouvoir cède.

La loi du 11 février 1950 abolit l'agrément ministériel et rétablit la possibilité de négocier des clauses relatives aux salaires. Aussitôt, dans toutes les branches, des négociations syndicats-patronat aboutissent à des accords. Cette nouvelle généralisation des conventions collectives entraîne une meilleure homogénéisation des conditions de travail. Les salaires les plus bas sont augmentés. Les écarts salariaux entre les différents secteurs d'activité, entre hommes et femmes, tendent à se réduire.

Dans les vingt ans qui vont suivre la publication de cette loi au Journal Officiel, 20 353 conventions collectives et avenants sont signés.

    

1956 - BENOÎT FRACHON (CGT) SOUTIENT L'INVASION SOVIÉTIQUE EN HONGRIE     

Alors que les peuples des «démocraties populaires» tentent de profiter de la prétendue déstalinisation pour secouer le joug de la dictature soviétique, les communistes français de la CGT restent fidèles à leur obéissance à la politique extérieure de l'URSS, quitte à cautionner la terrible répression de la révolution hongroise.

Lors du XXème congrès du PC de l'Union soviétique, Nikita Khrouchtchev dévoile - le 25 février 1956 - son fameux rapport sur les crimes du régime stalinien. C'est un véritable séisme qui secoue alors les "démocraties populaires" enrégimentées dans le camp soviétique depuis 1944-1948. Démocrates et ouvriers tchèques, polonais et hongrois relèvent la tête. Les Hongrois sont à la pointe de la contestation.

Dès le 21 février 1956, ils réhabilitent Bela Kun, Président de la République des Conseils hongrois en 1919, exécuté plus tard en Russie pour "trotskysme". Un mois plus tard vient le tour de l'ancien ministre de l'Intérieur, Laszlo Rajk, pendu pour titisme en 1949. Le 28 juin 1956, les ouvriers polonais se révoltent à Poznan: bilan, 53 morts.

Le 18 juillet, le très stalinien patron du Parti des travailleurs hongrois, Mathias Rakosi, est remplacé par le khrouchtchévien Ernest Geroe. Deux mois plus tard, le communiste modéré Imre Nagy est intégré dans le PTH. Le 23 octobre, 300 000 Hongrois manifestent à Budapest pour leur liberté. Nagy devient Premier ministre.

Aussitôt, les garnisons soviétiques présentes sur place interviennent. Les combats durent cinq jours, sans que l'Armée rouge ne parvienne à l'emporter. Des conseils ouvriers, sortes de syndicats insurrectionnels, sont créés dans tout le pays. Les premiers jours de novembre, Nagy proclame la neutralité de son pays, quitte le pacte de Varsovie, et ne garde que trois ministres communistes dans son cabinet.

Pour les Soviétiques, c'en est trop. Des renforts arrivent d'URSS et écrasent l'insurrection du 4 au 8 novembre. Malgré la grève générale des conseils ouvriers du 21 novembre, Nagy est arrêté, puis déporté en Russie. Il sera pendu deux ans plus tard. Le 9 décembre, les Soviétiques, aidés de leurs fidèles locaux, décrètent la loi martiale et interdisent les conseils ouvriers. La répression fait des milliers de morts, des dizaines de milliers d'emprisonnés et 200 000 réfugiés en Autriche.

À la CGT, les secrétaires Le Brun et Schaeffer, qui avaient croisé le fer avec Benoît Frachon au XXXe congrès de juin 1955, signent un texte déclarant: «Fidèles tant à leurs traditions neutralistes qu'au principe de la non-ingérence d'un État dans les affaires intérieures d'un autre État, ils ne sauraient pour leur part approuver les interventions de l'armée soviétique en Hongrie.»

Frachon n'a pas ces états d'âme. Le 16 novembre 1956, il écrit dans l'Humanité: «Au bureau confédéral, comme dans tous les syndicats, chacun de nous a son opinion sur les événements de Hongrie. La mienne est connue. Elle est celle de mon parti.» Son idée de l'"indépendance" syndicale est claire. D'ailleurs, il fera ensuite pression pour que l'ensemble du bureau confédéral se retrouve unanime pour affirmer que la CGT doit sauvegarder son unité en s'abstenant de prendre position sur l'affaire hongroise. Ce qui est un moyen de soutenir l'URSS, étant donné la révolte qu'avait suscitée l'invasion de la Hongrie par les chars russes.

    

1963 - LA GRANDE GRÈVE DES MINEURS     

Récit du grand mouvement qui a montré que la réquisition, fût-elle ordonnée par le Général de Gaulle, ne peut rien contre une mobilisation syndicale déterminée.

La guerre d'Algérie terminée, la société française peut se pencher sur ses propres problèmes. L'année 1963 marque le retour des revendications ouvrières et de l'action syndicale. La grande grève des mineurs en mars en est le symbole.

Depuis près de six mois, la CGT-FO tente d'ouvrir des négociations avec les Charbonnages de France sur le statut des mineurs dont le salaire n'a pas été augmenté depuis 1957. La fédération FO des mineurs décide alors de lancer une grève du rendement le 16 janvier 1963. Son secrétaire, André Augard, déclare: «Aujourd'hui la grève du rendement, demain la grève générale.» La grève du rendement dure quinze jours, mais le premier ministre, Georges Pompidou, interdit aux Charbonnages de France d'ouvrir des négociations.

Le 29 janvier, la fédération FO des mineurs lance un appel à la grève générale pour le 1er février afin dedébloquer la situation. Le 31 au matin, la CGT emboîte le pas, mais dès le soir elle se rétracte. La grève du 1er février est alors annulée. En effet, le pouvoir vient de promettre d'ouvrir des négociations pour le 15 février. La CFTC et la CGT s'y sont tout de suite ralliées. Les raisons de la CGT sont simples. Le 2 février des accords commerciaux franco-soviétiques, prévoyant l'importation de 1,5 million de tonnes de charbon russe, doivent être signés! André Augard déclarera: «Nous avons été trahis pour une poignée de pois chiches».

FO ne participe donc pas à la réunion du 15 février qui est d'ailleurs un échec. En revanche, la fédération FO des mines est reçue par les Charbonnages de France le 19 février. Elle demande une augmentation des salaires de 11%, la semaine de 40 heures et la quatrième semaine de congés payés. Le patronat ne propose que 5,8% d'augmentation.

FO remonte donc au créneau et le 27 février, elle appelle à la grève générale pour le 1er mars avec pour slogan: "Pas de sous, pas de charbon". Le lendemain, le gouvernement réquisitionne les mineurs de Lorraine... et échoue totalement.

Le jour même, le Bureau confédéral de FO dénonce cette atteinte au droit de grève et «fait savoir qu'il ne fera aucune réponse d'aucune sorte aux invites reçues de la CGT». En effet, cette fois la CGT suit. Le 1er mars, la grève générale est bien suivie et les fédérations des mineurs FO-CFT et CGC se rencontrent pour coordonner leurs actions. Le lendemain, De Gaulle signe le décret de réquisition des mineurs du Nord et envoie les CRS sur les carreaux. Pas un mineur n'obéit. Le 4 mars, la grève est totale dans les bassins du nord, de Lorraine, de la Loire et de Provence. Les bassins d'Auvergne, des Cévennes et les gaziers de Lacq suivent.

Devant la volonté des mineurs, Pompidou fonde le 13 mars un comité des sages(*) pour sortir de l'impasse. Le 16 mars, la première rencontre avec les syndicats est jugée décevante par FO. Le 22 mars de grandes manifestations ont lieu dans le Nord, l'Auvergne et les Cévennes. à Lens, les fédérations locales FO-CFTC-CGC-CGT manifestent côte à côte.

Finalement le 25 mars, le comité des sages propose 8% d'augmentation. Les mineurs refusent. Débordé, le gouvernement accepte les 11% le 4 avril. Le 5, les mineurs, vainqueurs, reprennent le chemin des puits.

(*) Composé de MM. Massé, Bloch-Lainé et Masselin.
    

1980 - L'ÉPOPÉE DE SOLIDARNOSC     

Le mouvement qui, parti de la grève, joua son rôle dans les événements qui menèrent à la chute du Mur de Berlin et à l'effondrement de l'URSS.

Parties des chantiers navals de la Baltique en août 1980, les revendications ouvrières vont déferler sur la Pologne, finissant, après moult rebondissements, par affaiblir le régime communiste.

Les ouvriers polonais ont une longue tradition de luttes. Ils se sont déjà révoltés en 1956, 1968 et en 1970, lorsque, à Szczecin la grève paralyse les chantiers navals et qu'un comité de grève est élu démocratiquement avec à sa tête Edmund Baluka.

En juillet 1980, des grèves éclatent dans tout le pays suite à l'augmentation de 100% du prix de la viande. Mais l'étincelle vient d'un fait beaucoup plus mineur. Le 13 août, Anna Walentynowicz, une syndicaliste est licenciée des chantiers navals Lénine de Gdansk. Le lendemain, les 16 000 ouvriers débrayent, demandant la réintégration de l'ouvrière et une augmentation de 130 francs par mois.

Le 16 août, tous les ports de la Baltique sont touchés et un comité de grève interentreprises (MKS) est fondé. Les transports en commun entrent à leur tour dans la danse. Le patron du parti communiste polonais, Edward Gierek, annonce le 20 août quelques "réformettes" économiques et en même temps fait arrêter une vingtaine de dissidents. La grève générale touche alors tout le pays. Affolé, le pouvoir négocie avec le leader du MKS, un électromécanicien de 37 ans ayant déjà fait ses classes dans les grèves de 1970: Lech Walesa, renvoyé en janvier 1980 pour fait de grève.

Débordé, le gouvernement cède. Les fameux accords de Gdansk sont signés le 31 août. Pour la première fois dans le bloc communiste, des syndicats indépendants sont reconnus. Solidarnosc, Solidarité rurale et l'Association indépendante des étudiants compteront dix millions d'adhérents à la fin de l'année.Face à ce raz-de-marée, Edward Gierek passe à la trappe en septembre et le général Jaruzelski devient Premier ministre en février 1981. Moscou, à l'époque d'un brejnévisme vieillissant, mise sur ce général aux lunettes noires et fait parvenir le 4 mars à Varsovie le message suivant: "Il faut renverser le cours des événements".

Le premier congrès de Solidarnosc, réuni à Gdansk, du 5 au 10 septembre et du 26 septembre au 7 octobre, exige des élections libres. L'agence soviétique Tass parle alors "d'orgie anti-soviétique". Jaruzelski confirme sa position en prenant la tête du parti le 2 octobre. Contrairement à ce qu'il raconte aujourd'hui pour se dédouaner, Jaruzelski déclare l'état de guerre, sur ordre de Moscou, le 13 décembre 1981. Solidarnosc est décapité; Walesa est en résidence surveillée puis en prison. Les communistes pensent avoir remporté la partie. Erreur, une direction clandestine, la TKK, est mise sur pied et organise efficacement une société parallèle bénéficiant de l'aide des syndicats libres de l'occident dont FO, qui d'ailleurs portera plainte auprès du Bureau international du travail contre l'interdiction officielle de Solidarnosc en octobre 1982.

L'avènement du gorbatchévisme, la pression américaine et l'exceptionnelle résistancede la population obligent legénéral Jaruzelski à composer. Entre février et avril 1989, une table ronde réunit pouvoir et opposition. Aux élections semi-libres de juin, Solidarnosc obtient 161 sièges à la Diète. Peu après, le symbole de Gdansk, Lech Walesa, est élu président de la République. Mais alors commence une autre histoire...

    

1989 - LE PRINTEMPS DE PÉKIN     

La levée de l'espoir et sa répression tragique par un régime, sans doute en difficulté, mais qui a pu trouver les ressources nécessaires pour perdurer. Non sans le consentement plus ou moins ouvert des «occidentaux».

Un homme seul arrêtant une colonne de chars. Cette image a fait le tour du monde. Elle symbolise ce désir de liberté de millions d'individus écrasés par la dictature maoïste. Alors que le communisme est en train de se fissurer en Europe de l'Est, une lumière s'allume là où on l'attendait le moins, en Chine; pays sous dictature communiste depuis quarante ans.

Le 15 avril 1989, Hu Yao Bang, secrétaire général du parti communiste chinois (PC), limogé pour "réformisme" en janvier 1987, meurt. Deux jours plus tard, des étudiants pékinois manifestent en son souvenir et réclament sa réhabilitation posthume. Le 19, ils se retrouvent devant le siège du PC d'où ils sont violemment dispersés par la police. Ils se déplacent alors vers la place Tien An Men qu'ils occupent.

Le 25 avril, les étudiants fondent une organisation indépendante, alors que le PC parle de «complot contre le parti communiste et le système socialiste». Les manifestations reprennent et le 4 mai, plus de 300 000 étudiants défilent à Pékin et dans d'autres grandes villes. Le lendemain, Zhao Ziyang, secrétaire général du PC, accepte de négocier. Rien n'y fait, une semaine plus tard, les étudiants débutent une grève de la faim à Tien An Men.

Le 15 mai, les manifestants profitent de la venue de Mikhaïl Gorbatchev et des télévisions étrangères pour se faire entendre. Trois jours plus tard, ils sont un million sur la grande place demandant la mise à la retraite du vieux Deng Xiaoping et la démission du Premier ministre Li Peng.

Des tensions se font alors jour au sein de la direction communiste entre réformateurs et conservateurs. Zhao Ziyang vient parler aux grévistes de la faim, mais le lendemain, Li Peng proclame la loi martiale et évince le secrétaire général. Aussitôt les Pékinois se massent aux portes de la ville pour empêcher l'entrée de 300 000 soldats.

Les millions de manifestants demandent la liberté d'expression, l'indépendance syndicale, le droit de contrôler les dirigeants, la lutte contre la corruption des cadres. C'est dans ce mouvement qu'apparaît la Fédération autonome des syndicats de Pékin.

Mais le 25 mai, l'armée se rallie aux conservateurs. Pendant ce temps les étudiants construisent la fameuse "déesse de la démocratie" au centre de la place Tien An Men. Finalement, le 4 juin à 2h du matin, le 27e corps d'armée pénètre sur la place, la nettoyant par la mitraille. On parlera de plus de 1 300 morts. Après le massacre, des millions de manifestants envahissent les grandes villes de province. Les démocraties occidentales condamnent. Les autres pays de l'Est se taisent. Seuls, la RDA et Cuba approuvent.

La chape de plomb retombe alors sur l'Empire du milieu à partir du 10 juin, plus de 100 000 Chinois sont arrêtés. L'astrophysicien Fang Lizhi, le Sakharov chinois, doit se réfugier à l'ambassade américaine où il vivra cloîtré pendant un an. Une dizaine de "contre-révolutionnaires" sont exécutés après jugement.

Les occidentaux prennent quelques sanctions, mais devant l'énormité du marché économique chinois, ils se taisent vite. En effet les massacreurs de Tien An Men ont inventé le "capitalismo-communisme". En clair, l'ouverture du pays à l'économie de marché, sans démocratie, et pour le compte de la seule nomemklatura.

    

1989 - LA CHUTE DU MUR DE BERLIN     

Le symbole de la guerre froide est tombé le 9 novembre 1989. Ce qui s'appelait le bloc communiste s'effondre avec lui et l'Allemagne se réunifie. Fin d'un système dictatorial et fin d'un monde, l'événement n'en finit pas de bouleverser des institutions et des édifices qu'on croyait solides, eux aussi.

    

    

1989 - L'année où tout bascula

Récit des événements qui, pendant douze mois, ont tant lézardé les institutions totalitaires que le régime qui passait pour le plus stable, dans le pays le plus strictement contrôlé par la police, a disparu en quelques jours.

Le 19 janvier 1989, Erich Honecker, secrétaire général du parti communiste est-allemand et patron de la RDA, déclarait: «Le mur restera aussi longtemps que les conditions qui ont conduit à sa construction n'auront pas changé. Il sera là encore dans cinquante ou cent ans.» Un mois plus tard, quatre citoyens est-allemands forcent en voiture la porte de la représentation permanente de la RFA à Berlin-Est. Le 6 février encore, un jeune homme est tué par les gardes frontières en tentant de franchir le "mur de la honte," construit les 17 et 18 août 1961.

Durant l'été, les choses se précipitent. Des milliers d'Est-allemands occupent les ambassades de République fédérale allemande (RFA) à Berlin-Est, Budapest, Prague et Varsovie. Bonn est obligée defermer ses ambassades. Sept cents Est-Allemands, réfugiés à Budapest, profitent d'une fête austro-hongroise pour passer en Autriche. En effet, les Hongrois ont démonté leur rideau de fer depuis le 2 mai 1989. Des milliers de fugitifs passent alors par ce chemin de la liberté. En septembre, 7 000 réfugiés dans les ambassades de RFA à Varsovie et à Prague, reçoivent l'autorisation d'émigrer dans la République fédérale. La fuite s'accélère. Bonn annonce qu'elle a accueilli 342 000 Est-Allemands pour la seule année 1989. Plus de la moitié ont moins de trente ans.

Parallèlement les manifestations se multiplient en RDA même. De quelques dizaines de dissidents au début de l'année, les manifestations commencent à regrouper des milliers de personnes en mai. En septembre, la contestation berlinoise s'étend à Leipzig et Dresde, regroupant des centaines de milliers de personnes tous les lundis soir. Les autorités communistes envisagent une solution "à la Tien An Men", mais finissent par renoncer à l'usage des armes début octobre. Les opposants s'organisent, soutenus par l'église protestante. En septembre ils fondent le Nouveau Forum, puis peu après le parti social-démocrate.

Les 6 et 7 octobre, la RDA fête encore en grande pompe son quarantième anniversaire en présence de Gorbatchev. Mais celui- ci est aussi venu faire le ménage. Le vieux stalinien Erich Honecker démissionne le 18, remplacé par le gorbatchévien Egon Krenz. Ce dernier amnistie les réfugiés et les manifestants le 27. Une semaine plus tard, il se débarrasse de la vieille garde du parti communiste (le SED).

Débordés par l'afflux de réfugiés, les autres pays du bloc de l'Est font pression sur Egon Krenz pour qu'il trouve une solution. Le 4 novembre, un million de personnes manifestent dans Berlin-Est. Le pouvoir est débordé. Le 9 novembre au soir, il décide, dans la panique générale, de faire tomber le mur de Berlin qui sépare les deux Allemagnes.

Ce sont d'extraordinaires retrouvailles de centaines de milliers de berlinois. La ville est en liesse. Le 10 au matin le maire de Berlin-Ouest, après une nuit blanche, déclare: «La nuit dernière, le peuple allemand était le plus heureux du monde.» Le 13 novembre, Hans Modrow, un "réformiste" du SED devient chef de l'état. Mais les manifestations continuent. Elles ne demandent plus le droit d'émigrer mais exigent des réformes en profondeur du régime, puis, à partir du 23 novembre, la réunification allemande.

Le 7 décembre, une table ronde réunit les autorités et les nouveaux partis d'opposition. Deux jours plus tard, Gregor Gysi remplace Egon Krenz, et le SED se transforme en parti du socialisme démocratique. Enfin, le 22 décembre, Helmut Kohl et Hans Modrow ouvrent ensemble la porte de Brandebourg. Le 24, la liberté de circulation entre les deux Allemagnes est établie.

Le 13 janvier 1990, des manifestants saccagent le siège de la Stasi. Le 28, l'opposition entre au gouvernement. Aux premières élections libres de la RDA, le 18 mars, les communistes sont battus. Le 11 avril, le conservateur Lothar de Maizière forme le premier gouvernement non communiste de la RDA. Ce sera aussi le dernier gouvernement de ce pays créé artificiellement par une aberration de l'Histoire.

    

    

1989 - La réunification allemande

La chute du communisme en République démocratique allemande (RDA) portait inévitablement en elle la réunification, souhait de la majorité des Allemands, qui n'ont jamais accepté les accords de Potsdam en 1945 qui avaient officialisé le partage sur les ruines du Troisième Reich.

Dès le 23 novembre 1989, les manifestants scandaient à Leipzig: «Nous formons un seul peuple». Une semaine plus tard, Helmut Kohl annonce son plan en dix points pour la réunification. Si les deux pays le souhaitent, l'URSS est contre, la Pologne et la France ne sont pas chaudes.

Le 22 juin 1990, le fameux "Check point Charlie" entre les deux Berlin est détruit. Helmut Kohl fait alors la navette entre Paris et Moscou pour les convaincre du bien-fondé de la réunification. Commence alors la conférence "Deux plus Quatre" (Les deux Allemagnes, l'URSS, les états-Unis, l'Angleterre et la France), à Berlin le 22 juin, puis à Paris le 17 juillet et enfin à Moscou le 12 septembre.

Dès le 18 mai, le traité d'union monétaire, économique et sociale est signé à Bonn. Le 21 juin, Bonn reconnaît la nouvelle frontière germano-polonaise (Oder-Neisse) pour lever les craintes de Varsovie. Finalement le traité d'unification est signé à Berlin le 31 août et la RDA quitte le pacte de Varsovie. La réunification est effective dans la nuit du 2 au 3 octobre avec Berlin comme future capitale.

L'Allemagne est désormais un pays de 78 millions d'habitants, le plus riche d'Europe. Géant économique mais nain diplomatique, l'Allemagne réunifiée reprend en 1990 toute sa place dans les relations internationales mondiales. Elle redevient ainsi la pièce maîtresse, économique et diplomatique, de l'Europe centrale, la fameuse Mittleuropa.

    

    

1989 - L'agonie de l'internationale syndicale aux ordres

L'effondrement du Bloc de l'Est devait montrer spectaculairement à quel point certaines organisations syndicales lui étaient liées: l'organisation mondiale constituée par Moscou disparut à grande vitesse. Les confédérations qui en étaient membres, comme la CGT en France, durent chercher d'autres références. Ce qui, rétrospectivement, donnait raison aux fondateurs de FO.

Dans le climat de la victoire des alliés, la Fédération Syndicale Mondiale (FSM) est fondée à Paris le 24 octobre 1945. Mais rapidement cette internationale syndicale est transformée en courroie de transmission de la politique étrangère de Staline. Les syndicats libres la quittent rapidement pour fonder la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL) avec Léon Jouhaux comme vice-président. Quant à la FSM, devenue l'organe kominformiste dans les syndicats, elle est chassée de Paris en janvier 1951. Elle s'installe alors à Vienne. Lors du départ des dernières troupes d'occupation soviétiques d'Autriche, la FSM déménage pour Prague.

La FSM peut compter sur les millions d'adhérents obligatoires des pays communistes, ainsi que sur ses relais politiques en France (CGT), en Italie, à Chypre, dans certains pays du tiers monde, ainsi que, dans une moindre mesure, au Portugal, en Espagne et en Grèce. Ainsi en 1989, la FSM est encore forte de 200 millions d'adhérents.

La chute du mur de Berlin va sonner son glas. En effet, en URSS comme dans les démocraties populaires, les premiers dissidents sont souvent des syndicalistes: le SMOT (Association interprofessionnelle libre des travailleurs) russe dès 1978, dont les militants finissent tous au Goulag (certains y mourront), Solidarnosc en 1980, Ligue des syndicats indépendants de Hongrie en 1988, Podkrepa en Bulgarie en 1989, Confédération tchécoslovaque des syndicats en 1990.

Les syndicats communistes, sentant le danger venir, font comme les partis communistes: ils se transforment en "sociaux-démocrates", gardant une certaine influence en Russie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie et Albanie. De cette façon cela leur permet, entre 1989 et 1992, de gérer l'énorme patrimoine des anciens syndicats officiels. Cette situation perdure encore aujourd'hui en Roumanie.

Ce subterfuge n'a pas empêché l'hémorragie des adhérents à la FSM. En 1995, l'effectif était d'environ cent millions de membres. Plus que près de quatre-vingt dix millions d'adhérents le sont indirectement via les branches professionnelles. C'est ainsi que les trente millions de syndiqués russes du secteur agro-industriel, les cinq millions de l'OPZZ polonais, les cent cinquante mille de l'OSCMS tchèque, le secteur de l'alimentation bulgare et des transports hongrois restaient affiliés à la FSM. Bref, les derniers bastions solides de la FSM ne sont plus qu'à Chypre et en Amérique latine. En 1992, les Tchèques voulaient en finir avec le siège de la FSM mais aucun point de chute nouveau n'a encore été trouvé. Même la CGT française, principal relais de la FSM en occident, voulait quitter le navire pour se refaire une virginité. Avec ses homologues italiens, elle tentait de se rapprocher de la Confédération Européenne des Syndicats (CES), pour trouver le moyen de promouvoir le syndicalisme qu'elle a toujours pratiqué depuis que le PCF en a pris le contrôle.

    

    

1989 - De la chute du mur à la chute de l'empire soviétique

La chute du mur de Berlin sonne le glas du communisme en Europe de l'Est. Mais l'URSS ne survivra pas longtemps à la perte de son glacis. L'Union Soviétique disparaît en décembre 1991, laissant la place à quinze républiques, plus ou moins indépendantes.

Ce sont les grandes grèves de Solidarnosc à Gdansk, en août 1980, qui provoquent les premières fissures dans le bloc soviétique. En 1988-1989, Pologne, Hongrie et Tchécoslovaquie se démocratisent, lentement puis plus rapidement en 1989-1990. Mais il reste encore quatre bastions paraissant intouchables: les fidèles Bulgarie et RDA, et les dictatures paranoïaques d'Albanie et de Roumanie.

Mais à Moscou, depuis l'arrivée de Gorbatchev au pouvoir en 1985, l'heure n'est plus à l'envoi de chars dans les démocraties populaires. Gorbatchev veut sauver son régime en tentant de le réformer et en abandonnant un glacis devenu embarrassant. Moscou lâche donc deux des vieux staliniens: l'Allemand Honecker, le 18 octobre 1989 et le Bulgare Jivkov, le 10 novembre, le lendemain même de la chute du mur.

Quant aux deux dictatures "nationales-communistes", il faut attendre décembre 1989 et mars 1992 pour les voir tomber. La dictature roumaine disparaît à la suite d'un complot fomenté au cœur du parti communiste. C'est la fameuse révolution de Bucarest avec l'horrible et spectaculaire manipulation orchestrée autour du charnier de Timisoara.

C'est durant l'hiver 1990-1991, que, courageusement, les étudiants albanais arrachent le multipartisme à la dictature la plus impitoyable de l'Europe orientale. Les élections législatives de mars 1992 amènent enfin les démocrates au pouvoir.

Mais ces bouleversements entraînent des fractures irrémédiables: fractures sociales avec l'instauration d'un capitalisme sauvage, la séparation de la Tchécoslovaquie et l'explosion de la Yougoslavie. C'est ce dernier exemple qui sera suivi par l'URSS. Les "conservateurs" tentent de renverser Gorbatchev par un coup d'état en octobre 1991. Mais l'armée ne suit pas et Boris Eltsine organise une résistance qui le mènera, en fin de course, à la tête de l'État.

Minée de toutes parts, l'URSS s'effondre deux mois plus tard, remplacée par la Communauté des états Indépendants (La CEI regoupe les anciennes Républiques soviétiques moins les trois Républiques baltes). Le parti communiste est interdit et les guerres locales se multiplient: Arménie, Moldavie, Tadjikistan, Tchétchénie. Après soixante-quatorze ans de dictature communiste, l'URSS sombre en moins de trois mois.

    

    

1989 - George Orwell: «1984»

Anglo-indien né en 1903, George Orwell a été policier en Inde, clochard à Paris, volontaire dans la guerre d'Espagne, ouvrier en Angleterre, journaliste et écrivain à partir de 1943. Il a toujours dénoncé le stalinisme. Son roman "1984" est la peinture d'un terrifiant monde totalitaire. Son modèle: la société dont la chute du mur de Berlin marqua la fin, cinq ans après cette date terrible qui se situait, lors de la parution du roman, dans un avenir que tout annonçait comme angoissant.

«- Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée? À la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n'y aura plus de mots pour l'exprimer. Tous les concepts nécessaires seront exprimés chacun exactement par un seul mot dont le sens sera rigoureusement délimité. Toutes les significations subsidiaires seront supprimées et oubliées. Déjà, dans la onzième édition, nous ne sommes pas loin de ce résultat. Mais le processus continuera encore longtemps après que vous et moi serons morts. Chaque année, de moins en moins de mots, et le champ de la conscience de plus en plus restreint. Il n'y a plus, dès maintenant, c'est certain, d'excuse ou de raison au crime de la pensée. C'est simplement une question de discipline personnelle, de maîtrise de soi-même. Mais même cette discipline sera inutile en fin de compte. La Révolution sera complète quand le langage sera parfait. Le novlangue est l'angsoc et l'angsoc est le novlangue, ajouta-t-il avec une sorte de satisfaction mystique. Vous est-il jamais arrivé de penser, Winston, qu'en l'année 2050, au plus tard, il n'y aura pas un seul être humain vivant capable de comprendre une conversation comme celle que nous tenons maintenant? -Sauf..., commença Winston avec un accent dubitatif, mais il s'interrompit. Il avait sur le bout de la langue les mots: «Sauf les prolétaires», mais il se maîtrisa. Il n'était pas absolument certain que cette remarque fût tout à fait orthodoxe. Syme, cependant, avait deviné ce qu'il allait dire. - Les prolétaires ne sont pas des êtres humains, dit-il négligemment. Vers 2050, plus tôt probablement, toute connaissance de l'ancienne langue aura disparu. Toute la littérature du passé aura été détruite. Chaucer, Shakespeare, Milton, Byron n'existeront plus qu'en versions novlangue. Ils ne seront pas changés simplement en quelque chose de différent, ils seront changés en quelque chose qui sera le contraire de ce qu'ils étaient jusque-là. Même la littérature du Parti changera. Même les slogans changeront. Comment pourrait-il y avoir une devise comme «La Liberté c'est l'esclavage» alors que le concept même de la liberté aura été aboli? Le climat total de la pensée sera autre. En fait, il n'y aura pas de pensée telle que nous la comprenons maintenant. Orthodoxie signifie non-pensant, qui n'a pas besoin de pensée. L'orthodoxie, c'est l'inconscience. "Un de ces jours, pensa soudain Winston avec une conviction certaine, Syme sera vaporisé. Il est trop intelligent. Il voit trop clairement et parle trop franchement. Le Parti n'aime pas ces individus-là. Un jour, il disparaîtra. C'est écrit sur son visage".»



Publié dans Notre histoire

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