FO 10 ans de l’euro

Introduction       

Après 10 ans d’existence, le moment est propice à un premier bilan de la monnaie unique européenne. La politique de la BCE et ses répercussions en matière de prix et de taux de change doivent être confrontées aux (modestes) performances économiques de la zone euro et à l’évolution de l’emploi et des salaires.

Introduit en janvier 1999, voici près de dix ans que l’euro fait partie du paysage économique depuis le passage des marchés financiers et des systèmes de paiement dans la nouvelle devise. Plus de six ans se sont écoulés depuis l’introduction des pièces et billets en euros au début de l’année 2002. A l’heure des célébrations, tous les représentants des institutions européennes s’accordent pour reconnaître le succès de l’euro. La Banque Centrale européenne (BCE) et la Commission européenne clament leur satisfaction. Mais faut-il pour autant conclure à un bilan positif ? Bien sûr, l’euro présente des avantages évidents par rapport à la situation antérieure, lorsqu’il existait autant de monnaies différentes que d’Etats membres de l’Union européenne : facilitation des échanges, diminution voire suppression des coûts de transaction (frais de conversion), comparaison plus directe des prix ; etc. Mais les performances économiques de la zone euro restent décevantes et surtout les conditions de concurrence créées par l’unification monétaire impliquent que les salariés endossent seuls le rôle de variable d’ajustement.

   

Des prix qui dérapent      

Pour son président Jean-Claude Trichet, la BCE n’a pas failli à sa mission, entièrement dévolue à garantir la stabilité des prix. A Francfort, on se félicite à longueur de discours que l’inflation ait été maîtrisée. Du côté de la commission européenne, l’euro est « une réussite incontestable ». A Bruxelles, on se félicite donc que les budgets, malgré « l’indiscipline des certains Etats-membres » aient relativement bien résisté à la relative faiblesse de la croissance de la zone euro.

Malgré la réussite apparente de l’objectif de stabilité des prix, la perception de l’inflation par les ménages est longtemps apparue complètement déconnectée des chiffres officiels depuis la mise en circulation des pièces et des billets libellés en euros. Dans un premier temps, la règle des arrondis et la hausse des prix des produits alimentaires ont quelque peu obscurci le tableau idéal brossé par la banque centrale européenne (BCE). Plus récemment, les statistiques semblent avoir été rattrapées par la réalité des prix, dont les hausses ont été alimentées par la flambée des prix du pétrole et des biens alimentaires. L’inflation atteint désormais 4% en zone euro (estimation provisoire pour juin 2008) et 3,7% en mai en France.

Graphique 1 : Evolution des prix à la consommation en France et en zone euro


Un taux de change en pilotage automatique  


 


Au cours de ces dix dernières années, la BCE s’est appropriée la politique de change, alors que le traité européen, dans son article 111 prévoit une responsabilité partagée entre le Conseil des ministres et la BCE. Le plus souvent, le taux de change est resté en pilotage automatique, les ministres de la zone euro préférant l’inaction face à la toute puissance de la BCE en dépit de la hausse vertigineuse de la parité euro/dollar depuis plusieurs mois.

Depuis le lancement de la monnaie européenne, l’évolution de l’euro a connu trois phases principales :

- une première phase de baisse entre son lancement et le milieu de l’année 2002

- une seconde phase d’appréciation puis de stabilisation entre mai 2002 et début 2006, avec un premier plafond atteint fin 2004 à 1,36$

- une troisième phase de franche appréciation depuis mars 2006 ; l’euro a atteint son plus haut niveau historique à la fin du mois de mai 2008.

Graphique 2 : Evolution du taux de change de l’euro par rapport au dollar



Source : BCE


La baisse initiale entre 1999 et 2001 correspond à une période de conjoncture favorable marquée par une croissance élevée et un chômage en baisse. Mais la situation est alors encore meilleure aux Etats-Unis ; les investisseurs sont attirés par le dollar plus que par l’euro d’autant que les taux d’intérêt outre-Atlantique sont plus élevés, offrant ainsi de meilleures perspectives de rémunération. La croissance européenne a d’ailleurs bénéficié de la faiblesse de l’euro, les pays membres tirant parti d’une meilleure compétitivité à l’export.

Les premiers temps ont également été marqués par un manque de confiance dans la monnaie européenne : pourquoi une monnaie unique en l’absence de politiques économiques communes ? Ces hésitations n’ont pas duré. La BCE a acquis assez rapidement une certaine crédibilité auprès des marchés financiers, en appliquant son mandat à la lettre : garantir la stabilité des prix quel qu’en soit l’impact sur la croissance et en montrant des signes de son indépendance. Elle a ainsi souhaité ne pas donner l’impression de céder aux exigences des gouvernements, ce qui peut expliquer dans les premiers mois une certaine inertie dans ces décisions en matière de taux d’intérêt, alors que la FED est toujours apparue beaucoup plus réactive de ce point de vue. L’inertie de la BCE est désormais une caractéristique bien établie de sa politique.

Courant 2002, l’euro amorce une phase d’appréciation qui s’interrompt à la fin de l’année 2004. Au cours de cette période, les Etats-Unis usent largement des leviers monétaire et budgétaire pour soutenir l’activité, à la différence de l’Union européenne. L’affaiblissement sensible du dollar vient donc à point nommé pour entretenir la dynamique de reprise économique outre-Atlantique. C’est l’euro qui supporte l’ajustement, hypothéquant du même coup la compétitivité des entreprises et retardant considérablement la reprise économique. Les autorités monétaires européennes observent alors – immobiles - le décrochage du billet vert avec une certaine bienveillance, la valeur de l’euro allégeant la facture pétrolière à un moment où le marché pétrolier commence à s’emballer très nettement. L’immobilisme des autorités européennes est également une tradition bien ancrée de leur politique économique.

D’autre part, au-delà du prix du pétrole, l’euro fort est un facteur de limitation des pressions inflationnistes. La BCE qui reste obsédée par la stabilité des prix, y voit donc un certain avantage. En effet, si une monnaie forte renchérit le prix des exportations en dehors de la zone euro, affectant la compétitivité des entreprises européennes, elle réduit également le prix des importations. L’euro protège ainsi de l’inflation importée. Les prix pourraient progresser bien plus rapidement avec un taux de change moins élevé. De là à considérer que la vigueur de la monnaie unique protège le pouvoir d’achat des ménages, il n’y a qu’un pas que la BCE n’hésite pas à franchir tout en continuant à plaider pour la modération salariale ! Après un an de répit en 2005, cette logique continue de prévaloir. L’euro repart à la hausse début 2006 et n’a pas cessé de s’apprécier depuis, dans un contexte nouveau marqué par la flambée des prix du pétrole et des biens alimentaires.

   

Vers un euro encore plus fort ?      

Avec une inflation qui dépasse largement 3% dans la zone euro, alors que l’objectif fixé par la BCE est de 2%, la menace d’une hausse des taux s’est concrétisée le 3 juillet. Désormais, le taux directeur s’élève à 4,25% (contre 2% pour le taux directeur de la FED aux Etats-Unis). Pourtant, ce relèvement des taux n’aura aucun effet sur les prix, tirés principalement par des facteurs externes sur lesquels la BCE n’a aucune prise. Cette décision est désastreuse à double titre : à très court terme, cela affaiblit le dollar et fait grimper le prix du pétrole puisqu’il existe actuellement une relation inverse entre le prix du pétrole et le cours de la monnaie américaine[1]. Au lieu de combattre l’inflation, cela contribue au contraire à la faire progresser. A moyen terme, en soutenant le cours de l’euro, qui n’en avait pas besoin, la BCE fait peser un poids supplémentaire sur les perspectives de croissance déjà bien assombries par les prix élevés de l’énergie, la crise financière et l’entrée en récession de l’économie américaine. L’avantage que présente l’euro fort d’atténuer les conséquences de la hausse du prix du baril de pétrole paraît donc bien maigre.

L’euro va-t-il continuer de grimper et pulvériser de nouveaux records ? Car à défaut d’une BCE réactive, c’est du côté de la FED qu’une détente sur la monnaie européenne pourrait intervenir, si la réserve américaine se décidait à soutenir le dollar. En effet, pour limiter l’inflation importée qui surenchérit le prix du pétrole pour les consommateurs, les responsables de la politique monétaire américaine pourraient être tentés d’intervenir sur le marché des changes et de relever les taux d’intérêt. Ce n’est pas pour tout de suite, la FED vient de décider de maintenir ses taux, rompant avec un cycle de baisse destiné à soutenir l’activité plus qu’à surveiller les prix. Avec une activité ralentie mais stabilisée, les autorités monétaires américaines vont probablement s’inquiéter à nouveau de l’inflation dans les mois qui viennent. Ce parallèle avec la FED montre une nouvelle fois que le seul objectif de stabilité des prix assigné à la BCE conduit à des décisions en matière de taux contraire à l’intérêt de la croissance et des emplois européens. C’est une leçon essentielle à retenir des dix premières années d’existence de l’euro : le statut et le mandat de la BCE doivent être redéfinis dans l’intérêt même des économies de la zone euro.

[1] En effet, la conjoncture récente a été marquée par une nette corrélation entre pétrole fort et dollar faible même s’il ne s’agit pas d’une relation économique constante. Le lien entre dollar et pétrole résulte principalement des stratégies des investisseurs, qui cherchent à compenser sur un marché ce qu'ils perdent sur un autre. Or, les matières premières constituent aujourd’hui un refuge pour les spéculateurs.
   

Les salaires, bête noire de la BCE      

Le bulletin mensuel de la BCE daté de juin 2008[2] rappelle « qu’afin d’évaluer les risques inflationnistes potentiels, les évolutions salariales doivent donc continuer de faire l’objet d’un suivi attentif dans la période à venir ». Pas question donc de lâcher prise en matière de modération salariale. La faiblesse des salaires est une constante dans les économies européennes depuis 2000. Pas un seul discours du président de la BCE n’a oublié d’appeler les partenaires sociaux à modérer leurs revendications salariales pour ne pas compromettre la stabilité des prix. Depuis que l’inflation s’est accélérée, la BCE semble tétanisée par la peur de « l’effet de second tour » : lorsque les salariés réclament des hausses de salaires pour compenser l’inflation, cela accroît les coûts de production des entreprises, qui répercutent ce renchérissement sur les prix de vente, nourrissant à nouveau l’inflation. Pourtant, on est bien loin d’une telle situation. Les salariés subissent aujourd’hui les hausses de prix par des pertes de pouvoir d’achat, ce qui provoque un recul de la consommation et un effet négatif sur la croissance. Malgré la multiplication des revendications salariales depuis le début de 2008, les salaires restent très sages tandis que les pertes de pouvoir d’achat se poursuivent. Surtout le dumping salarial n’est pas forcément venu de là où on l’attendait mais de l’Allemagne qui a longtemps été la locomotive européenne. Engagée depuis 2000 dans une stratégie agressive de désinflation compétitive, appuyée par des réformes sociales et fiscales régressives (marché du travail, allocation chômage, TVA sociale, baisse de l’impôt sur les sociétés), l’économie allemande a regagné des parts de marchés à l’extérieur au détriment de ses partenaires européens, mais en sacrifiant sa demande interne, en particulier la consommation des ménages.

Graphique 3 : Evolution des prix, salaires et pouvoir d’achat en zone euro



Des performances économiques médiocres      

L’union monétaire reposait sur l’idée que le nouvel ensemble serait bénéfique en matière de croissance, l’intensification de la concurrence permettant de stabiliser les prix, de stimuler la productivité et in fine, la croissance et l’emploi. Aujourd’hui, dans une communication datée du 7 mai, publiée à l’occasion des dix ans de l’euro, même la Commission reconnaît que les résultats n’ont pas été à la hauteur des espérances en matière de productivité et de croissance, admettant des performances moins bonnes que celles d’autres économies développées[3]. On peut même être plus précis sur le constat : les pays qui n’ont pas adopté l’euro ont fait mieux. C’est le cas notamment du Royaume Uni et de la Suède qui ont une croissance moyenne de 2,8% et 3,2% respectivement au cours des dix dernières années, alors que la zone euro voyait son PIB progresser péniblement de 2,2%, les grands pays France (2,1%), Italie et Allemagne (1,5%) se situant tous en deçà de cette moyenne. Cela n’a toutefois pas conduit la Commission à s’interroger sur les « vertus » de la concurrence ou de la modération salariale…

Tableau 1 : Taux de croissance annuel moyen des principaux pays industrialisés (1998-2007)

Tableau 1 : Taux de croissance annuel moyen des principaux pays industrialisés (1998-2007)

 

Taux de Croissance Annuel Moyen

Zone euro

2,2%

Allemagne

1,5%

France

2,1%

Suède

3,2%

Royaume-Uni

2,8%

Italie

1,5%

Etats-Unis

2,8%

Japon

1,5%

Source : Commission européenne, AMECO database, calculs secteur économique

Malgré l’auto-satisfaction affichée par les autorités européennes sur la garantie d’une stabilité macroéconomique, le « pilotage » de l’euro continue pourtant de poser problème. L’objectif de stabilité des prix et de discipline budgétaire reste la priorité des priorités du dispositif économique de l’Union. Le Pacte de Stabilité, en dépit de ses défauts maintes fois dénoncés – notamment par l’ancien président de la Commission Romano Prodi qui en 2003 le qualifiait de « stupide », continue de peser sur les marges de manœuvre des gouvernements. Et si la réforme de 2005 est intervenue après que la Commission eut admis du bout des lèvres des imperfections, elle n’a constitué en réalité qu’un aménagement mineur des conditions d’application du Pacte, les critères de dette et de déficit public n’étant pas négociables. En particulier, le « Pacte nouveau » incite les gouvernements à faire preuve d’une plus grande discipline budgétaire en période de conjoncture favorable, ce qui signifie la rigueur permanente. En période peu favorable, on contracte le budget pour respecter les critères ; en période faste, on contracte le budget pour atteindre l’équilibre ou des surplus budgétaires.

La politique monétaire est également loin d’avoir été bénéfique à la croissance. La BCE porte d’ailleurs une certaine responsabilité dans le ralentissement économique de 2001. Face à une menace inflationniste pourtant jugée peu sérieuse, la BCE a enclenché un cycle de hausse de ses taux d’intérêt très rapide, compromettant la croissance européenne à un moment où la conjoncture mondiale ralentissait. De même, elle a par la suite baissé ses taux très tardivement, faisant rater le train de la reprise aux pays de la zone euro. Et ses décisions à venir pourraient être lourdes de conséquences : le relèvement des taux annoncé dès juillet pourrait ralentir encore plus fortement une activité économique déjà fragilisée par les répercussions de la crise financière et l’envol des prix des matières premières.

   

Des emplois plus nombreux et plus précaires      

Constatant que les performances en matière de croissance ont été décevantes, la Commission se glorifie en revanche de « la création d’un nombre record d’emplois – 16 millions – dans la zone euro au cours des dix premières années de l’UEM. L’emploi a augmenté de près de 15 % depuis la création de la monnaie unique, tandis que le chômage ne touche plus qu'environ 7 % de la population active, soit le taux le plus bas depuis plus de quinze ans. » Ces résultats sont attribués essentiellement « aux réformes des marchés de l’emploi et de la protection sociale […] ainsi qu’à la modération salariale qui a prévalu dans la plupart des pays de la zone euro ». Idéologie, quand tu nous tiens…

Toutefois, au-delà des « données brutes », une lecture plus attentive des indicateurs d’emploi permet de nuancer le constat. Il convient en effet de prendre en compte le type d’emploi créé. Le rapport annuel Employment in Europe 2007, publié par la Commission européenne souligne également que la part des emplois à temps partiel et à durée déterminée a progressé de manière substantielle depuis 1999, respectivement de 35 % et 21 % dans l’ensemble de la zone euro.

Tableau 2 : Indicateurs d’emploi en zone euro

 

Taux de croissance annuel moyen de l’emploi

(en %,

1999-2006)

Part de l’emploi à temps partiel en 2006 (en %)

Part de l’emploi en CDD en 2006 (en %)

Progression du temps partiel

(en %,

 1999-2006)

Progression des CDD

(en %,

1999-2006)

ZE-13[4]

1,1

19,5

16,7

+ 35 %

+ 21 %

France

1,0

17,2

14,1

+ 7 %

+ 4 %

Allemagne

0,3

25,8

14,5

+ 38 %

+ 13 %

Italie

1,2

13,3

13,1

+ 85 %

+ 52 %

Espagne

3,3

12

34

+ 92 %

+ 32 %

Royaume Uni

0,9

25,5

5,8

+ 11 %

- 11 %



En France comme dans le reste de la zone euro, l’emploi précaire a progressé mais peut-être moins vite que dans certains pays. C’est surtout en Europe du Sud que les emplois précaires ont augmenté. En Espagne, un emploi sur trois est en CDD. En Allemagne, pourtant citée en exemple pour ses « réformes du marché du travail », la part du temps partiel est passée de 19,4 % à 25,8 % entre 1999 et 2005 et la part des CDD de 12,7 % à 14,5 %. Les performances du marché du travail allemand et le « succès » des réformes doivent donc être fortement relativisées. Une étude de l’institut allemand IZA[5] montre que les réformes du marché du travail facilitant le recours à l’emploi temporaire et visant le démantèlement de la protection de l’emploi favorisent le développement d’emplois temporaires au détriment d’emplois à durée indéterminée. Globalement, ces réformes ne créent pas d’emplois et contribuent à accroître la part des emplois précaires dans l’emploi total.

[4] La ZE-13 est ici constituée de l’ensemble des pays de la zone euro au 01/01/08, à l’exception de Chypre et Malte
[5] Lawrence M. Kahn, Employment protection reforms, employment and the incidence of temporary jobs in Europe: 1995–2001, IZA, Discussion paper No. 3241, Bonn, décembre 2007.
   

10 ans et après ?      

Lorsque la monnaie unique a été lancée, Force ouvrière s’interrogeait : l’euro allait-il être une monnaie au service de la croissance et des créations d’emploi ou bien par le biais de l’analyse comparative des coûts de production, allait-il faciliter les réformes structurelles du marché du travail dont flexibilité, mobilité et modération salariale constituent les maîtres mots ? Nous disposons aujourd’hui d’une partie de la réponse. Pourtant, la Commission semble convaincue qu’il faut poursuivre dans la même voie. Le « programme politique » développé dans sa communication du 7 mai vise ainsi à « approfondir la coordination et la surveillance de la politique budgétaire, à élargir la surveillance macroéconomique dans l'UEM au-delà de la politique budgétaire et à mieux intégrer les réformes structurelles dans la coordination politique globale au sein de l'UEM. » L’expérience montre pourtant que les « réformes structurelles » du marché du travail et plus largement les politiques libérales sont inefficaces et dangereuses. L’échec de la stratégie de Lisbonne traduit celui des politiques visant à obtenir 3% de croissance en créant plus de concurrence sur les marchés des biens et services et en imposant une plus grande flexibilité sur les marchés du travail.

L’expérience montre également qu’une politique budgétaire différente devrait viser en priorité le soutien de la demande, à partir d’une révision du Pacte de Stabilité et de Croissance. Elle permettrait le financement de politiques structurelles plus actives, à moyen et long terme en particulier en matière de recherche et de politique industrielle. Des pistes existent pour orienter des financements vers ces politiques, grâce à de nouveaux instruments émis par la Banque européenne d’investissement. Il s’agit ainsi d’entrer dans le cercle vertueux de l’innovation productive et créatrice d’emplois qualifiés et décemment rémunérés. Par son combat, Force ouvrière vise l’harmonisation vers le haut des règles qui conditionnent la production et les instruments de la redistribution. En outre, la politique monétaire de la BCE uniquement préoccupée de stabilité des prix pose véritablement problème. Cet objectif contraste avec les objectifs adoptés par d’autres pays dont les positions sont beaucoup moins contraignantes et s’accommodent d’objectifs ciblés en matière de croissance et d’emploi. Concernant l’euro fort, les gouvernements ne peuvent plus rester inactifs alors qu’une nouvelle menace de récession se profile.

Enfin, si le manque de coordination en Europe est bien l’une de ses faiblesses qui laisse le champ libre à toutes les formes de dumping social et fiscal, les autorités européennes ne semblent pas décidées à en faire autre chose qu’une police des déficits et encore moins à lui donner un véritable contenu, pour soutenir activement la croissance et l’emploi. Comme le souligne l’avis du conseil économique et social sur la conjoncture 2008 (rapporteur Marie-Suzie Pungier), « une initiative visant à définir une politique commune de croissance donnerait des capacités d’action à la zone euro et lèverait les doutes qui saisissent parfois les citoyens européens sur l’utilité de sa monnaie commune, voire sur la construction européenne elle-même ». Cette politique viserait notamment à mettre en œuvre « des projets structurants en matière d’infrastructures et dans les domaines de la formation, de la recherche et de l’espace, ainsi que dans ceux de l’énergie et de l’environnement. »

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