LA LAÏCITE

DU PRINCIPE DE LAÏCITE AU PRINCIPE D’INDEPENDANCE SYNDICALE

« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». (Article 1er de la Constitution)
Ainsi l’adhésion de tous les citoyens aux valeurs républicaines et à un Etat laïque est la condition incontournable de notre pacte social.

Principe républicain essentiel à la « co-existence pacifique » de toutes les composantes de la société, la laïcité est la traduction d’une vision du bien commun forgée par notre histoire et par les choix du peuple français. En cela, elle est un idéal avant d’être la norme créatrice de droits et d’obligations qui résultent de l’adhésion à
ce principe.

Ainsi, elle dispose que l’Etat repose directement sur la volonté des citoyens, sans subordination à aucune autorité supérieure à cette volonté.

Ce principe a vocation à préserver l’avenir de la nation et doit garantir l’unité de celle-ci face à la montée des communautarismes et à la tentation du repli identitaire.

Aussi, peut-être serait-il bon que le droit puisse garantir le respect du principe de laïcité afin que chaque citoyen puisse mesurer la portée des droits et devoirs qui découlent du caractère laïque de la République.
Sur chacun de ces deux plans, les services publics sont au coeur des enjeux liés à l’affirmation du principe de laïcité.

Parce qu’ils représentent l’Etat, les collectivités territoriales ou les services hospitaliers, nul ne doit pouvoir douter de la neutralité des élus, des fonctionnaires ou délégataires d’une mission de services publics.

Pour être en mesure de faire respecter le principe de laïcité avec toute la fermeté et le discernement nécessaire dans tous les services publics de proximité qu’ils soient locaux, hospitaliers ou éducatifs, il faut être capable de résister à toute pression ou tentative d’instrumentalisation.

Parce qu’ils ont la charge de transmettre et de faire partager les valeurs républicaines, notamment dans le cadre de l’Education nationale, les services publics ont une mission essentielle de défense et de promotion de la laïcité. Ainsi doivent-ils se fixer pour objectif de créer les conditions pour une adhésion durable de tous les
citoyens à cet idéal commun.

Le quart de siècle qui vient de s’écouler n’a guère été favorable au maintien de ce principe dont nous avons vu à maintes reprises les tentatives de redéfinition. Dernièrement encore, nous assistions à des confusions manifestement intéressées entre laïcité et anticléricalisme.

L’anticléricalisme n’est pas expressément contre la religion ou le fait de croire, il exprime son opposition au pouvoir temporel du religieux.

Pour citer Ferdinand Buisson « la République n’a pas fondé l’école laïque comme une menace pour l’église. Elle l’a fondée pour garantir le dogme des dogmes : la liberté de conscience ».

L’esprit clérical c’est la prétention d’une minorité à dominer la majorité au nom d’une religion.

De même selon C. Coutel « l’esprit laïque (du grec laikos : « qui appartient au peuple ») c’est l’ensemble des aspirations du peuple, c’est l’esprit démocratique et populaire ».

La laïcité est donc bien une question politique dont les fondements visent à garantir aux croyants comme aux non-croyants une égalité de droits, sans contrainte aucune sur leur conscience.

Ainsi vise-t-elle l’unité du peuple, par-delà les différences de croyances philosophiques, politiques ou religieuses et garantit l’indépendance du citoyen.

Aussi, lorsque le « chanoine d’honneur de la basilique de Saint Jean de Latran » évoque que « la morale laïque risque toujours de s’épuiser quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini » ou encore lorsqu’il « appelle de ses voeux l’avènement d’une laïcité positive », comment ne pas voir dans
ces propos un « inquiétant retour du religieux », comme si l’Homme ne pouvait s’épanouir pleinement que dans la redécouverte du fait religieux.

Ce concept de « laïcité positive » qui veut que les religions soient désormais considérées comme un atout et qu’il faille chercher un dialogue avec elles, ouvre une brèche inquiétante dans le pacte républicain et laïque.
C’est la première fois qu’un président de la République affiche cette conception nouvelle des rapports entre l’Etat et les églises.

En consacrant le fait religieux, on invite chacun à se « re-communautariser ». Il faut défendre les institutions républicaines, les services publics, la solidarité, l’égalité des droits, la dignité humaine et garantir à tous les citoyens, une école républicaine soucieuse d’instruire dans le strict respect de la neutralité.

Le combat pour la laïcité est indissociable de notre combat pour l’indépendance syndicale, indépendance conquise dès 1884 et confirmée en octobre 1906 par le congrès d’Amiens et sa charte d’indépendance dont nous avons célébré le centenaire en 2006 : « La CGT groupe, en dehors de toute école politique, les travailleurs
conscients de la lutte à mener (…)».

C’est au nom de cette indépendance que nous revendiquons la laïcité comme garante de neutralité et égalité de traitement en matière de services publics :

à tous les fonctionnaires
à tous les citoyens

quel que soit l’endroit du territoire où ils résident.

Les grands équilibres issus de la loi de 1905 auxquels l’article 1er de notre constitution a donné toute leur force, sont donc un élément essentiel de notre contrat social.